poésie


CÉPHALÉES (pour Giuseppe)

Extrait du recueil de poèmes Les oeuvres des autres

 

Comme elle avait dans un matin englouti les montagnes,

elle renonce et s'en va, l'eau.

Et il est là, seul et sonné.

On dirait bien un arbre.

 

Peut-il encore s'appeler ainsi,

tant de siècles passer à compter les marées.

Il n'a plus toute sa tête l'échassier.

Des fleurs et des fruits il ne sait plus l'odeur,

des bourgeons et des branches ne connait plus le poids.

 

En leurs lieurs et places la mer a su laisser,

sept pierres immobiles

qui lui glacent la sève.

Entre lui et le vide elles veulent s'imposer,

céphalées bien trop lourdes d'un passé désastreux.

 

En son âme et conscience il en appelle au ciel.

Mais elles restent de marbre,

pesant toutes minérales.

Il doit coexister avec ces exilées.

 

Et ainsi, il demeure,

dernier des grands rêveurs,

tout raide sur son pied à compter les étoiles.

Un jour il aimerait rejouer ses souvenirs

quand de loin on venait pour se pendre à son cou.

 

Mais pour l'heure il attend

qu'à nouveau un passant

veuille bien contre lui s'abandonner un peu.

 

 

 

Photo : Idées de pierre, Giuseppe Penone, ici pour la documenta 13, 2012

https://documenta-historie.de/fr/oeuvre-d-art/idee-di-pietra